A Propos
Ce récit est une célébration discrète de la dimension humaine de l’alimentation. Il rend hommage à celles et ceux qui cultivent, transforment, soignent et rassemblent à travers ce que nous mangeons.
Il est né d’une interrogation qui dépasse les systèmes alimentaires et la durabilité et questionne ce à quoi nous accordons de la valeur, et ce que nous devenons lorsque nous apprenons à prêter attention.
Dans un monde qui glorifie la vitesse, la logique du toujours plus et la facilité, nous tournons notre regard vers celles et ceux qui font des choix plus lents, plus intentionnels et dont le travail s’ancre dans le soin — du territoire, des communautés, des cultures et des générations futures. Ceux qui posent des gestes modestes et nous offrent l’aperçu d’une autre manière de vivre.
Ce n’est pas le récit de grandes solutions ni de réponses parfaites. C’est une constellation de rencontres, le fruit de nombreuses conversations, d’interviews qui ont eu lieu entre début 2023 et début 2025 : avec des agriculteurs et agricultrices, des cuisiniers et cuisinières, des herboristes, des artisans du pain, des cueilleurs, des mères, des tantes et des aîné·es. Des personnes dont les vies nous rappellent que l’alimentation n’est jamais seulement de la nourriture. Elle est récit. Mémoire. Remède. Geste de résistance. Joie.
Un merci tout particulier à celles et ceux qui ont accepté d’être photographiés, merci de nous avoir ouvert vos maisons et vos coeurs, merci aussi à celles et ceux croisés en chemin : Nathalie, Swani, Véronique, Priscilla, Jérôme, Arvin, Pascal, Stéphane, Jay, Isseyen, Gaël, Jean-Michel, Anne-Marie, André, Ravi, John, Vishesh et tous les autres, pratiquants, sympathisants, sceptiques.
En suivant leurs parcours, nous avons été sans cesse amenés à réfléchir aux nôtres. Comment mangeons-nous ? Comment honorons-nous ce qui nous nourrit ? ceux qui nous nourrissent ?
Ce projet, à l’image des personnes qui y ont participé, a grandi à son propre rythme — lent, ancré, vivant.
L’équipe
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Meha Desai est photographe documentaire. D'origine indienne et mauricienne, elle explore les vies en marge de la société. Storyteller et archiviste de vies, son travail s'appuie sur des récits au long cours, explorant les migrations, le travail, le changement climatique et la résilience de communautés souvent oubliées des livres d'histoire. Elle aborde la photographie à la fois comme un document et un dialogue, cherchant l'oublié et l'entre-deux.En explorant la continuité des pratiques culturelles et la manière dont les communautés évoluent dans des paysages changeants, ses projets explorent les thèmes de l'adaptation, de la transformation et de la survie.
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Anne-Clotilde St.Mart est mauricienne. Coach et artiste, actuellement manager de Kareron, foodlab et lieu de transmission dédié à la gastronomie mauricienne, elle cultive sa perspective unique grâce à un profil polyvalent.Tout est un moyen de se questionner sur ce qu'est l'être humain, sur notre relation à nous-mêmes, aux autres et à l'environnement qui nous constitue et dans lequel nous évoluons, s’interroger sur notre façon de donner du sens aux choses et de créer des méthodes communes dans un monde en constante évolution.
À quel clan j’appartiens ? À celui qui aime. À celui qui célèbre ce qui existe.
À celui qui rêve de ce qui pourrait être. À celui qui veut contribuer à fabriquer le futur.
Etre co-auteures
Nous nous sommes rencontrées lors d’un enterrement de vie de jeune fille — quelque part entre le rosé et le gâteau, une graine a été semée.
Puis, plus tard, un appel. « Je n’ai pas d’argent », a-t-elle dit. « J’en suis ! ».
C’était tout. Pas de grand plan. Juste une intuition, une étincelle, et un oui venu du ventre. Nous ne savions pas ce que cela deviendrait, seulement que cela valait la peine de tenter le pari. Et pas seulement sur le projet — mais l’une sur l’autre aussi.
La suite a été lente, étrange, parfois chaotique, toujours délicieuse. Un processus qui s’est déployé comme les bonnes choses le font : à travers le doute, l’élan, des notes vocales sur WhatsApp, et beaucoup de repas partagés.
Cette collaboration a été notre rébellion silencieuse. Contre l’agitation permanente. Nous construisons quelque chose d’enraciné, sans précipitation. Quelque chose qui sent la terre et qui a le goût de la maison.
Nous apprenons que la collaboration est une chose vivante. Elle a besoin de temps, de compost et de météo. Elle a besoin de désaccords, de respect, et de cette confiance qui pousse à l’ombre, loin des projecteurs. On ne peut pas la forcer. Elle fermente.
Nous avons nourri ce projet de camembert et de confiture de roselle, de pesto pilé à la main, et d’histoires de nos grands-mères et de nos aventures. Du poulet au combava. Du manioc. Des chips de banane. Du pain maison. Des feuilles sauvages. De grandes émotions.
Ce travail parle de personnes qui tracent un autre rythme — un rythme qui honore la terre, la lenteur et le sens. Mais il parle aussi de nous. Deux femmes qui ont dit oui, sans carte.
Nous saluons ceux qui font dans l’ombre. Et nous nous honorons l’une l’autre — non seulement pour l’œuvre aboutie, mais pour le chemin parcouru. Ensemble.