8. Une Invitation

“ La nature elle est là, elle nous donne tout, il faut savoir la prendre ”

Pendant toutes nos rencontres, qu’elles soient documentées ou non, nous nous sommes senties invitées, invitées à…

une autre forme de richesse,
une autre forme de joie,
une autre temporalité,
une autre façon de vivre,
une autre façon de manger.

Nous avons goûté à une assiette généreuse, celle de la nature, celle de nos hôtes.

Nous avons été invitées à…
une autre façon de se relier au vivant,
même dans notre façon de prendre une vie.
Une invitation à d’autres liens, d’autre formes. 

Une autre façon d’être au monde.

Lavi, lavi, lavi, lavi

Isseyen le dit en souriant, comme une formule magique qu’on prononcerait avant de se retrousser les manches et d’être en prise avec elle, cette vie, comme avant de relever joyeusement un défi. La vie, comme une fatalité et son fatras de tracas. 

La vie, qui se suffit à elle-même, la vie, qui malgré nous, reste belle pour ce qu’elle est : la vie.

Cette vie où on parle de politique, d’économie, du futur et d’un coup, la conversation s'interrompt pour nous inviter, dans un élan jubilatoire, à regarder le figuier bientôt recouvert de fruits. Une exhortation à effacer un instant la gravité du monde par le sourire et le regard émerveillé.

C’est une invitation à redéfinir nos priorités, redéfinir le succès, redéfinir notre vocabulaire. Une invitation à la poésie du quotidien.
L’ordinaire comme un acte révolutionnaire.

Litanie Végétale, Incantation de Fruits

Litanie Végétale, Incantation de Fruits

Litanie végétale, Incantation de Fruits. Un cœur de boeuf sur lequel file des pommes en l’air… Fruit du dragon, bilimbis, atémoïa, pois carré, fruit à pain, bois de reinette, cocos, bois chandelle, bananes, héliconias, arrowroot, brèdes, chouchous, chou-fleur, papaye, patates, manioc, bois de ronde, gingembre, mouroung, mangues, tabac bœuf, bambou, grenade, basilic, ambrevades, menthe, pois, gardénias, haricots, arouille, cacao, coronsol, jacques, tamarin, vavangues, jambose, olives, carambole, gooseberry, canelle, quatre épices, café, acerola, fruit de la passion, fruit de cythère, jamblon, pistache, noni, longanes, bigarades, lalos, letchis, pomelos, bringelles, goyaves, enguive, pipengaille…

« bizin enn fason pou dir enn zafer, pou dimande, bizin enn respe »
— Arvin

C’est une invitation à la bonté,
celle qu’on reçoit,
celle qu’on prodigue,
celle qu’on pratique dans l’altérité.
Une invitation à faire communauté.

C’est une invitation au temps long, au temps libre, au temps qui dépasse celui d’une seule génération. Et ce temps réapproprié est un temps de réparation, un temps de convalescence pour favoriser la guérison, celle du Soi, celle du Nous, celle de la Terre.

“La plupart du temps, les gens se laissent traverser par leur journée”.

C’est, avec Gaël, une invitation à coller son oreille à un bambou et à écouter, comme on écoute la mer dans le creux d’un coquillage. C’est faire de tout ce qui est présent quelque chose d’utile, de beau ou de comestible. On mange un poulet fermier qui était dans l’enclos plus tôt.

C’est aller prendre un bain de mer, manger des oursins qu’on vient de pêcher, regarder la voie lactée et savourer ce choix qui, à cet instant précis, est si profondément aligné.

Sincère et vrai.

Un dernier tour au magasin avant que ça ne ferme pour trouver un outil.
C’est nourrir des lueurs d’espoirs en dépit des moments de découragement.
C’est voir le feu du coucher du soleil et la gloire de son lever.

Mais quand ils parlent de sobriété, de frugalité, de décroissance… leurs mots donnent parfois envie de se sauver parce qu’ils invitent au dépouillement dans des vies, des achats, des possessions qu’on essaie de maximiser. Pourquoi devrions-nous sacrifier notre confort, nous qui n’avons jamais autant possédé ?

Mais peut-être que la question qu’on devrait se poser, plus qu’une question de vocabulaire austère, c’est de se demander quels excès, quelles voracités, quelles croissances cherche-t-on, par ces mots, à brider ? Aujourd’hui, que savourons-nous vraiment et de quelle manière ? 

Ceux que nous avons rencontrés n’ont pas le temps de s’ennuyer. Ils vivent au rythme d’un temps cyclique et saisonnier, celui de la nature. Un temps qui n’a pas le temps de s’arrêter.

Ils vivent au milieu d’un espace fait d’ornements, un bourgeon, une fleur, un fruit, un insecte… un espace toujours en mouvement.


Peut-être confondons-nous renoncer et réinventer ? Au renoncement, à l’ascèse, à la privation, quelles résistances joyeuses, quelles réponses créatives pourrions-nous opposer ou proposer ? Peut-être que la réponse est là, quelque part entre renoncer à ce qui détruit et réinventer ce qui relie.

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