9. Une Respiration
“ On n’est pas bien là ? ”
Nous honorons le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest.
Nous honorons ce qui est au-dessus de nous, en dessous et au centre.
Nous honorons la Terre Mère pour ce qu’elle nous apporte.
Nous honorons les gardiens du sol, du soleil, de l’eau et du vent.
Nous honorons les anciens, passés, présents et ceux qui viendront.
L'amour et la lumière en nous saluent l’amour et la lumière en vous.
Ce projet est le lieu de toutes sortes d’interrogations : de l'itinéraire qu’on va prendre à la manière de vivre, de la société à la météo, du changement climatique à la nourriture des poules, des lasagnes de compost à la nature des séjours touristiques, de la religion aux mille façons de cuire la banane… Nous nous sommes beaucoup interrogées. Avec néanmoins, toujours une question centrale “Qu’est-ce qu’on mange à midi ?”
Beaucoup de nos questions restent en suspens. Aujourd’hui, nous prenons le temps d’une respiration pour mettre les choses à distance et observer. Observer les possibles, développer notre approche plus sensible que documentaire. Prendre le temps de l’infusion, non pas des réponses mais de nos questions.
Ce projet continue d’osciller au fil du temps et des conversations, comme un des témoins du vivant et de ceux qui en prennent soin. Notre créativité au service des histoires dans la multitude d’histoires, des histoires qui continuent d’exister : depuis un jardin communautaire a été détruit, un terrain a été attribué, une petite entreprise a été créée…
Mais notre projet propose, raconte, il ne décide pas.
A travers ces rencontres, nous avons compris la nécessité d’entretenir le capital naturel de l’île et de créer les conditions pour que la biodiversité prospère. Nous avons vu ceux qui utilisent les solutions que produit la Nature pour faire fructifier cette Nature. Nous avons aperçu les chemins possibles de la transformation agricole. Nous n’y avons pas vu de retour en arrière mais un horizon à espérer.
A travers ces rencontres, nous avons entendu le manque d’égard, le mépris jusqu’à la discrimination : comment le dépasser ? Comment accueillir l’autre avec ce qu’il est et qui n’est pas nous ? Nous qui ne venons pas d’une lointaine féodalisation mais de la toujours vivante plantation.
Nous nous sommes demandées quel projet de société il faudrait pour se donner les moyens de survivre dans une société dans laquelle nous voulons vivre. Comment créer les conditions d’une société tissée de générosité ? Avec quelle temporalité ? Quels mécanismes de décision ?
Sans horizon, les sociétés qui viendront ne seront pas forcément meilleures.
À travers ces rencontres nous nous sommes interrogées sur ce qui faisait battre nos cœurs et notre capacité à œuvrer. Quelle place accordons-nous au Bien Commun ? Quelles actions à partir de notre aptitude à décider, à partir de notre pouvoir de penser, de définir, de rêver ? Nous qui sommes Nature et dotés des caractéristiques propices à porter et mettre en œuvre une intentionnalité.
A travers ces rencontres, nous nous sommes demandées si finalement, encore une fois, la solution ne trouverait pas son inspiration dans la nature. À l’image de la symbiose mycorhizienne : un mutualisme, un échange dans les deux sens, entre les arbres qui fabriquent le sucre nécessaire à la prolifération des champignons via la photosynthèse, et les champignons, qui recueillent eaux et nutriments nécessaire à la croissance des arbres.
L’un ET l’autre sont essentiels à leur croissance, à leur survie.
L’un contre l’autre, pour faciliter les échanges.
L’un avec l’autre.
Une co-évolution.
« Another world is not only possible, she is on her way. On a quiet day, I can hear her breathing. »
— Arundhati Roy
… Et parfois, nous l’entendons même fredonner.
A tous, merci.